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IVAN SUPEK

 

 

 

L'HÉRÉTIQUE

(Heretik)

 

 

PERSONNAGES :

 

MARCO ANTONIO DE DOMINIS

LE CARDINAL SCAGLIA

LA SŒUR FIDES

MAFFEO BARBERINI pape Urbain VIII

PATER MUTIUS, général de l'ordre des jésuites

LE COMMISSAIRE DU SAINT OFFICE, un dominicain

LE CAPITAINE DE LA CITADELLE DE SANT'ANGELO

LE PÈRE IGNACE, jésuite de Split

L'ARCHIDIACRE du chapitre de Split

LE CHANOINE PETAR

LE PRÊTRE DIVJAN

Dr MATHIAS ALBERTI, noble de Split

IVAN CAPOGROSSO, négociant

FRÈRE IVAN

FRÈRE MATEO les disciples de Dominis

JAMES 1er, roi d'Angleterre

ELISABETH, sa fille, reine de Bohême

CHARLES, prince de Galles

GEORGE VILLIERS, duc de Buckingham

GEORGE ABBOT primat anglican

COMTE DIEGO GONDOMAR, ambassadeur d'Espagne à Whitehall

 

Les soldats dans la citadelle, des cardinaux romains, des concubines, le clergé de Split, des moines, des bourgeois, des serviteurs, les voix du peuple.

 

La pièce se déroule dans la Citadelle Sant'Angelo à Rome pendant l'été 1624, avec une rétrospective à Split pendant les années 1603 et 1615, puis à Londres à la cour de Jacques 1er en l'an 1621.

 

Cortile di teatro, sur la tour haute de la Citadelle Sant'Angelo, entre le palais renaissance de trois étages et la corniche défensive ; une porte mène au palais, l'autre, plus petite, à la cellule obscure sous la corniche. Deux soldats montent la garde dans la cour.

 

UNE VOIX DU TOIT : Sa Sainteté Urbain VIII !

DES VOIX EN BAS ; Le Saint-Père ! Sa Sainteté…

LE PREMIER SOLDAT : La guerre, Christ, aie pitié ! La guerre est proche quand le pape se rend dans la Citadelle.

LE DEUXIÈME SOLDAT : Tant mieux ! Tant mieux pour nous ! J'en ai assez de monter la garde, entre le ciel et la terre. L'armée impériale a pillé la Bohême. Et à présent, elle louvoie en Allemagne. Des villes riches, et des femmes… hou !

LE PREMIER SOLDAT : C'est une guerre sainte, disent-ils.

LE DEUXIÈME SOLDAT : Et alors ? Sainte. Religieuse ! La guerre la plus agréable ! Tu dévalises les luthériens pour la gloire de Dieu, et tu plantes virilement ta pique dans les bourgeois. Un plaisir !

LE PREMIER SOLDAT : Un plaisir tant que les luthériens ne te tournent pas à la broche.

LE DEUXIÈME SOLDAT : Trouillard ! Tu t'es encroûté à porter une hallebarde sous la porte de Saint Pierre. Mon Dieu, je veux vivre. J'en ai assez de ces bouillies fades, assez de la discipline. L'occasion se présente, trouillard.

LE PREMIER SOLDAT : Dès que le pape arrive ici, il y aura des sièges, des révoltes, des batailles ;  Christ, aie pitié !

 

Urbain VIII arrive avec le général jésuite Mutius, le commissaire dominicain du Saint office, plusieurs cardinaux, des hommes armés et des moines. En face de la tenue soignée avec raffinement du pape et de sa suite fastueuse se distingue Scaglia à son aspect ascétique et son attitude humble qui n'est pas sans défi.

 

MUTIUS : Faites sortir l'hérétique !

LE COMMISSAIRE (aux soldats) : L'hérétique Marco Antonio !

SCAGLIA (avec modération) : L'archevêque de Split accusé d'hérésie.

MUTIUS : Tu nous corriges ?!

SCAGLIA : La sentence n'a pas encore été prononcée.

MUTIUS : Quand quelqu'un est jeté au Castello Sant'Angelo…

LE PREMIER CARDINAL (servilement) : Il est coupable, général.

LE DEUXIÈME CARDINAL : Amen !

SCAGLIA : À quoi bon alors une enquête ?

LE COMMISSAIRE : La Sainte Inquisition aide les égarés jusqu'au purgatoire.

SCAGLIA : Père commissaire, il n'y a pas ici d'innocents incarcérés ?

LE COMMISSAIRE : Le Saint-Office s'efforce de travailler parfaitement. En effet, il se produit quelques erreurs, dans les basses instances. Mais, la procédure à l'encontre de Dominis a été décidée par les plus hauts gardiens de l'Église.

MUTIUS : Il a attaqué le Saint-Siège apostolique plus profondément que Jan Hus, Luther et Calvin.

 

Les soldats extraient du caveau de la tour le prisonnier Dominis. Corpulent et aveuglé, il se déplace difficilement et reconnaît à peine les dignitaires ecclésiastiques devant lui. Des exclamations colériques tentent de déchirer le silence poignant.

 

LE DEUXIÈME CARDINAL : Apostat !

LE PREMIER CARDINAL : À genoux, arrogant !

LE COMMISSAIRE : Marco Antonio ! Tu es devant le ministre du Rédempteur.

IGNACE : Il a prêché à la foule de Split que le ministre du Rédempteur est l'esprit de la connaissance… l'esprit des livres !

LE DEUXIÈME CARDINAL : L'esprit de Lucifer !

LE COMMISSAIRE : Pas même maintenant, tu ne vas pas t'agenouiller ? Alors que le tribunal de Dieu te tient…

DOMINIS : Je suis venu d'Angleterre de ma propre volonté.

MUTIUS : Tu es venu infecter perfidement Rome du protestantisme.

DOMINIS : Je ne suis pas protestant. Le schisme religieux m'indigne, une guerre d'extermination. Je voulais la paix entre les chrétiens…

MUTIUS : Tu as voulu anéantir ce qui préserve la paix et l'unité chrétienne. Tu as détruit le Saint-Siège apostolique !

DOMINIS : Je mes suis inspiré des Évangiles…

LE DEUXIÈME CARDINAL : Comme tous les réformateurs.

LE PREMIER CARDINAL : Luthérien ! Tu as nié les fondements du dogme et les sacrements.

DOMINIS : Comprenez, Saint-Père, pieux cardinaux, l'essentiel de mon œuvre, et même le plus fâcheux. Martin Luther a répudié la raison, la liberté humaine, alors que moi, moi…

MUTIUS : Toi, tu t'es enorgueilli de cette nouvelle connaissance, de la liberté civile. Ta vanité, doyen de Windsor, n'a pas apaisé la cour de Londres.

SCAGLIA (il s'avance après une hésitation) : Marco Antonio ! Si tu t'es inspiré des Évangiles, cela ne peut pas être condamnable. Mais, t'es-tu appliqué à demeurer fidèle à l'Église ?

DOMINIS : Je m'y suis appliqué…

SCAGLIA : Tu t'es appliqué, Dieu merci ! Et de l'autre côté, dans les terres protestantes ? Accueilli royalement en tant que doyen de Windsor ?

DOMINIS : Plus que mieux.

LE PREMIER CARDINAL : Oh !

MUTIUS : Tu as annoncé là-bas la « Republica ecclesiastica », aboli le primat du pape, l'assemblée des cardinaux, les soldats de Dieu… est-ce là ta fidélité en l'Église ?!

LE CORTÈGE PAPAL (avec furie et provocation) : Pasteur parjure !... Tu as soulevé les évêques contre le Saint-Siège… Tu t'es emparé de la sainteté de l'Église et de ses domaines… Mutin !

URBAIN VIII (autoritairement) : Éminences ! Général ! (Tous se calment. Un silence tendu). Toutes ces accusations contre Marco Antonio ne valent plus alors qu'il est revenu à Rome de sa propre volonté comme il le dit.

DOMINIS : Je suis revenu à votre invitation, sous la promesse…

MUTIUS (il l'interrompt aussitôt) : Il a reçu l'absolution, Saint-Père, à la condition qu'il démonte thèse après thèse son maudit « De Republica ecclesiastica ».

LE COMMISSAIRE : Et au lieu d'accomplir cette pénitence, il nous publie ici une théorie sur le flux et le reflux des marées. Esprit de Lucifer ! Les mystères de la nature ont détourné Dominis tout comme Galilée.

URBAIN VIII (furieusement) : Ne mêlez pas Galilée à cela !

LE DEUXIÈME CARDINAL (perfidement) : Le Pisan a séjourné par ici. Et Sa Sainteté l'a reçu sept fois en audience.

URBAIN VIII : C'est un bon catholique, souvenez-vous en !

LE COMMISSAIRE : Est-il venu pour aider à dévoiler le total égarement de Dominis ?

URBAIN VIII : Selon Galilée, une nouvelle science ne touche pas au sublime dogme théologique. La recherche naturelle s'opère à un niveau plus bas et ne concerne pas les questions morales.

DOMINIS : L'étude de deux vérités ! Cela peut-être fatal… (Il s'interrompt).

LE COMMISSAIRE : Et toi, tu ne connais qu'une seule vérité ?

DOMINIS : Urbain le huitième ! En tant que cardinal, tu t'es comporté envers les nouveaux courants de pensée avec bienveillance…

LE COMMISSAIRE (fourbement) : Voilà ! Il en appelle à la libre pensée du pape.

DOMINIS : J'ai écrit ici une physique attendant le changement du climat spirituel. Ton installation, Urbain le huitième, m'a inspiré de la confiance dans cette guerre de religion enragée…

LE COMMISSAIRE : Tu t'en es réjoui, hein ! Entremetteur ! Ton moment est venu ?!

DOMINIS (avec reproche) : Et Ta Sainteté…

URBAIN VIII (sévèrement) : Marco Antonio ! (Silence). Tu as entendu ce dont le Saint-Office t'accuse. Tu n'as pas effectué ta pénitence. Une raison suffisante pour que l'Inquisition engage une procédure… Tu dois te justifier. Et bien ?

DOMINIS (gravement) : Je peux défendre…

MUTIUS : Quoi ?

DOMINIS : Les thèses principales de ma « République ».

LES CARDINAUX (malveillant) : Hérétique ! Il persiste ! Il persiste…

DOMINIS : Je peux défendre en recourant aux Évangiles l'ancienne mouture, la raison…

LES CARDINAUX (de plus en plus bruyamment) : Hérétique!... Il persiste !... Il persiste !... Apostat !

DOMINIS : Écoutez-moi ! J'ai voulu…

LE CORTÈGE PAPAL : Supprimer la hiérarchie ecclésiastique !... Imposer l'égalité !

DOMINIS (désespéré) : Écoutez-moi ! Écoutez-moi !

MUTIUS (avec une moquerie cruelle) : Tu auras ici l'occasion de tout expliquer.

DOMINIS (terrifié) : Je l'aurai ?

MUTIUS : Parbleu !

DOMINIS : Comment ?!

LE COMMISSAIRE (pédant) : Premièrement, les thèses de ton ouvrage seront débattues ; deuxièmement, les racines de ta transgression seront dévoilées ; troisièmement, le dogme saint te sera rappelé. Si cela ne te confirme pas dans la vraie foi… (Un silence menaçant).

DOMINIS (il s'approche du pape dans une dernière tentative) : Ta Sainteté ! Urbain le huitième ! Je suis revenu d'Angleterre de ma propre initiative et à l'invitation de la curie. En tant que doyen de Windsor, par tradition le premier conseiller du roi anglais dans les affaires étrangères, j'ai travaillé à la réconciliation des terres chrétiennes. S'interposer entre les parties belligérantes... est très dangereux. Le médiateur suscite la méfiance et même la haine de tous. Et pourtant, cette crainte ou ce rejet des commodités était plus fort que le cri de la souffrance, la clameur de ce Golgotha européen. Et je suis venu ici, malgré les avertissements, les protestations, les menaces… J'attendais ici une discussion sur les causes du schisme religieux, sur les pouvoirs de l'Église, sur la réforme, oui, j'attendais une discussion sur la destinée, mais avec vous, pères de l'Église, avec des théologiens instruits, avec des amis…

URBAIN VIII (avec des gestes larges) : Et bien, tu discuteras ici, en paix, avec tes amis…

DOMINIS : Ici, à Sant'Angelo, avec des amis ?!

URBAIN VIII : Avec Scaglia.

SCAGLIA (abasourdi) : Avec moi ?

URBAIN VIII : Oui !

SCAGLIA : Je ne comprends pas…

URBAIN VIII : Tu comprendras, avec le temps.

SCAGLIA (se retournant sur l'escorte glaciale) : Tu m'emprisonnes moi aussi, Maffeo ?

URBAN VIII : Pour l'amour de Dieu ! Qu'est-ce qui te passe par la tête, Éminence ?! N'es-tu pas un pilier de notre Église ?

SCAGLIA : J'occupais cette fonction, jusque-là.

URBAIN VIII : Occupe-la encore ! Ta réputation d'homme juste t'honore le plus pour cette discussion sous les yeux de toute l'Europe. La figure de Dominis à Rome – c'est le plus grand secret  et le plus grand défi de la foi.

MUTIUS : C'était une infamie pour ton prédécesseur et la curie qu'un aussi haut prélat séjourne à la cour anglicane. Le pardon lui a été promis, sous condition…

URBAIN VIII : C'est une interprétation. Marco Antonio parle lui-même de médiation. Au nom de qui ? Avec qui ? Éminence, il est de ton devoir de le découvrir. Et alors, à la connaissance urbi et orbi : je charge le cardinal Scaglia de l'enquête dans cette affaire.

SCAGLIA (avec horreur) : Non !

URBAIN VIII (indigné) : Non ?!

SCAGLIA : Pardonne-moi, Saint-Père…

LE PREMIER CARDINAL : La parole du pape une fois énoncée est sacrée et irrévocable.

SCAGLIA : Pardonne-moi, Saint-Père, je ne peux pas être inquisiteur.

URBAIN VIII : Tu voudrais toujours avoir le rôle de l'avocat ou du protecteur ? Certes, cela ne t'engage pas. Mais voilà à présent une autre occasion de t'affirmer comme le disciple du  Rédempteur et le serviteur de l'Église. Les hypocrites et les vassaux des souverains étrangers malmènent notre siège apostolique, me diffament, marmonnent, prétendant s'inquiéter pour l'unité et la pureté de la chrétienté…

SCAGLIA (touché) : Il y a aussi parmi ces voix certains qui sont sincèrement inquiets.

MUTIUS (bienveillant) : Parbleu ! Nous n'oublions pas, frère, que tes sorties à l'assemblée des cardinaux étaient de celles-ci. Bien intentionnées !

URBAIN VIII (irrité contre l'interruption du général) : Attention, Éminence ! Le retour de Dominis est enveloppé des intrigues d'un groupe d'usurpateurs. Que ton enquête éloigne le brouillard autour du Saint-Siège !

LE COMMISSAIRE (au général) : Il veut nous mouiller. (À haute voix). Nous nettoyons Rome de la libre pensée.

URBAIN VIII : Ce procès aura une influence sur le cours futur de la chrétienté. Ma paternité veille sur toi, gardien de Rome ! (Il bénit Scaglia qui s'agenouille confusément).

LE CORTÈGE : Rends grâce à Sa Sainteté !... Montre-toi digne de sa confiance !... Préserve le pape et les soldats de Dieu… nous te supplions, Seigneur !

 

Urbain sort avec sa suite tandis que Scaglia demeure abattu auprès de Dominis à qui le choix de l'enquêteur a redonné courage. Les soldats se retirent aussi. La tension retombe, elle se transforme en une morne disposition chez tous deux.

 

DOMINIS : Merci, Scaglia !

SCAGLIA : Ce n'est pas ce que je voulais.

DOMINIS : Puisque que cela en est arrivé à ce point, Urbain le Huitième ne pouvait pas me donner un meilleur juge.

SCAGLIA : Il veut ternir mon renom. 

DOMINIS : Tous te respectent dans la curie.

SCAGLIA : Ah, cette cour versatile !

DOMINIS : Même le peuple de Rome voit en toi un saint.

SCAGLIA : Ce peuple criera aussitôt : crucifie-le ! Et Maffeo Barberini me repoussera.

DOMINIS : Pourquoi le ferait-il ?

SCAGLIA : J'ai désapprouvé son faste, son impétuosité.

DOMINIS : Il lui faudrait une raison plus forte.

SCAGLIA : Il l'aura. Si je te lave de toute accusation… Tu t'en es pris à la papauté. Et c'est pourquoi tout Rome te hait, aussi bien dans l'état-major que dans les cloaques. (Une pause).

DOMINIS : Non ! Je ne peux pas me figurer cela de toi. Je ne peux pas…

SCAGLIA : Que ne peux-tu te figurer de moi ?

DOMINIS : Qu'il pourrait ainsi se jouer de toi.

SCAGLIA : Tu sais, je préférerais être ton défenseur plutôt que ton juge.

DOMINIS : Tu considères que le mal est avec moi ?

SCAGLIA : J'ai toujours recherché ce qu'il y avait de bien même dans les plus grands pécheurs.

DOMINIS : Quel grand pécheur ? (Pas de réponse). J'ai combattu le péché. Quand j'y pense, déjà depuis le séminaire jésuite de Lorette me poursuit l'ombre de Sant'Angelo. Je me suis enfui, de plus en plus loin ; mais cette persécution contre moi ne s'est pas dissipée, pas même sous le tocsin de Westminster. Étrange ! Comme si cette citadelle m'avait tiré de là… Et lorsque qu'ils m'ont enfin fait passer à travers la porte de fer, l'angoisse sourde a disparu. Comme si j'étais sorti d'une longue et ténébreuse galerie. Et à présent, je me tiens ici. Et je ne peux pas faire autrement. Cet examen, je le pressens, j'ai confiance, Scaglia, m'apportera l'absolution.

SCAGLIA : Dieu seul le sait.

DOMINIS : Toi, le plus juste de Rome, tu rendras la sentence. 

SCAGLIA : Le dernier mot reste au pape.

DOMINIS : En te donnant le pouvoir inquisitorial, il a dû aussi prendre en compte l'absolution.

SCAGLIA : Il a compté sur bien des choses, mais avant tout cependant sur ma réputation.

DOMINIS : Tu engages ton nom dans ce procès, et moi ?

SCAGLIA : Ta situation ici est plus facile que la mienne.

DOMINIS : Facile ?!

SCAGLIA : Avec mon nom, c'est un grand fondement qui s'écroulerait.

DOMINIS : Mais moi, je ne l'ai pas demandé ?

SCAGLIA : Mais comment ? Et avec quel succès ? Je me suis peu à peu implanté auprès du Saint-Siège. La sainte Assemblée aurait bientôt pu me désigner comme conseiller d'État. Mais voilà, Barberini m'a dorénavant attribué ton affaire. Dieu tout-puissant ! Qu'après une longue et angélique longanimité je te rencontre à Sant'Angelo !

DOMINIS : Je n'en suis pas responsable.

SCAGLIA : Mais tu n'es pas non plus innocent.

 

Mutius revient avec Ignace, la sœur Fides et un soldat qui porte sur son dos un sac avec des livres et des écrits. Avec ses quarante années, elle a conservé une beauté religieuse raffinée à moitié dissimulée dans un habit blanc monastique. Préoccupé, Dominis ne lui prête pas attention, et elle non plus ne dévoile pas qu'elle le connaît. Quand le soldat jette le sac à terre, Mutius avise Scaglia.

 

MUTIUS : Les écrits de Dominis ! En partie publiés, en partie prêts à être imprimés. Qu'ils te servent, Éminence, comme déposition. Nos provinces sont infectées par la doctrine de l'égalité de Dominis. Le père Ignace, notre provincial de Split, te confirmera l'influence de l'archevêque là-bas.

IGNACE : En tant que métropolite en place, il a soumis les soldats de Dieu et les évêques dalmates, s'est soumis lui-même à la séparation de la Dalmatie avec le Saint-Siège de Rome et qu'il commande seul là-bas.

MUTIUS : Tu entends, Éminence ! S'il n'y avait l'ordre de fer des jésuites, ces provinces se révolteraient.

IGNACE : Permets-moi, Père général ! Nous les Croates, depuis des siècles nous luttons contre l'invasion ottomane…

MUTIUS : Avec ma bénédiction antemurale christianitatis !

IGNACE : Le chapitre de Split et les patriciens ont les premiers dénoncé l'évêque hérétique.

MUTIUS : Vos mérites ne sont pas contestables. (À Scaglia) : Les grommellements contre le pape se sont propagés ici aussi. On chuchote aussi parmi les cardinaux… Assurément, Barberini a été élu par les voix des cardinaux français et il est étranger à l'orthodoxie romaine. 

SCAGLIA (heurté) : S'ils t'ont rapporté quelque chose à mon sujet…

MUTIUS : Ne t'inquiète pas !

SCAGLIA : J'ai peut-être dit quelque chose, mais ce n'était pas cela.

MUTIUS : Parbleu, ce n'était pas cela. (De manière significative) : D'ailleurs, tu sais bien qui est le véritable gardien de l'Église.

SCAGLIA : Je voulais plus de pureté dans l'Église…

MUTIUS : Eh, et nous t'avons chargé de nettoyer notre cour de la pestilence spirituelle. (Il désigne la nonne blanche) : Sœur Fides ! (Elle s'incline devant Scaglia, et alors Dominis la reconnaît avec surprise). Sœur Fides est depuis longtemps au service de mon office. Et elle connaît beaucoup de secrets de l'archevêque de Split. Les racines de la transgression humaine se cachent plus souvent dans la convoitise du corps plutôt que dans la curiosité intellectuelle, n'est-ce pas, ma sœur ?

FIDES (humblement) : Oui, Père général.

SCAGLIA : Nous ne pouvons pas contester à Marco Antonio qu'il ait fervemment recherché la vérité.

MUTIUS : C'est ce qu'a estimé notre ordre jésuite lorsqu'il lui a confié des chaires à Vérone, Brescia, Padoue. Ses désirs ne se sont pas apaisés même dans un de nos centres de redressement. À l'exhortation de son esprit malin, il a quitté l'ordre des jésuites. Après, il a eu une aventure à Rome avec une protégée d'un cardinal. Un aventurier !

SCAGLIA : Général, si on se mettait à balayer la curie des débauchés…

MUTIUS : Qui resterait-il ? Mais personne dans la curie n'excuse son péché. Cependant, Dominis a élevé chacun de ses vices au niveau d'une vertu. Éminence, ne te laisse pas embarquer dans la moindre machination. Surplombant la lutte politique, tu le jugeras pour ses erreurs théologiques et ses déchéances morales. Le Collège romain et les auxiliaires de l'archevêque à Split et à Londres t'aideront dans ton enquête. En plus du père Ignace, repose-toi sur sœur Fides ! Son devoir à Split était d'informer notre office sur l'archevêque. Ma sœur, tu exposeras au cardinal inquisiteur tout ce que tu sais.

FIDES : Avec ta permission, Père Mutius.

MUTIUS : Je te libère du vœu de silence. (Fides s'incline devant lui, et lui fait le signe de croix au-dessus de sa tête).

 

Le commissaire du Saint-Office apparaît à la porte du palais et il s'adresse à Mutius.

 

LE COMMISSAIRE : Général ! L'Espagnol est arrivé.

MUTIUS : Le comte Gondomar ? J'arrive.

LE COMMISSAIRE : Il est dans la salle de Paul. Il regarde les fresques.

MUTIUS (à Scaglia) : Il était l'ambassadeur d'Espagne à la cour du roi James lorsque Dominis y séjournait. Un témoin de premier ordre ! Je vais te l'envoyer. (Il se rend rapidement au palais).

LE COMMISSAIRE (à Scaglia) : Dans cette enquête, ma main te sera toujours tendue. Si tu as besoin de la torture…

SCAGLIA (horrifié) : Merci !

LE COMMISSAIRE : Il ne vaut mieux pas ! La Sainte Inquisition utilise de préférence des méthodes de persuasion.

 

Le commissaire s'en va avec le général, et Ignace aussi. Scaglia demeure seul avec la religieuse et Dominis. Tandis que tous deux sont bouleversés et abattus, Fides s'approche de l'accusé avec légèreté.

 

FIDES : Tu ne t'attendais pas à ce que nous nous rencontrions ainsi ?

DOMINIS : Je le pressentais depuis longtemps.

FIDES ; Depuis le début ?

DOMINIS : Oui.

FIDES : Alors tu le mérites.

DOMINIS : Que tu témoignes ici contre moi ?

FIDES : Il y a douze ans, quand ils m'ont envoyée à peine ordonnée pour que je m'offre à toi…

DOMINIS : Je sais, tu étais chaste.

FIDES : Sans la moindre pensée !

DOMINIS : Et pourtant…

FIDES : Tu doutais.

DOMINIS : Tu étais trop belle. Cela a fait de toi leur piège.

FIDES : Comme si tu n'avais ta part en cela.

DOMINIS : Si tu avais résisté…

FIDES : Et toi, tu as résisté, renégat ? Tu as accouru de Londres jusqu'ici, dans les remparts de pierre de Sant'Angelo.

DOMINIS : À la demande du pape.

FIDES : Folie ! (Elle s'écarte sur ce cri téméraire).

DOMINIS : De cet endroit, de cette île brumeuse et froide, Sant'Angelo m'est apparu comme un morceau de pays natal. Ni à la cour de Whitehall ni à celle de Westminster, je n'ai trouvé quelqu'un pour échanger dans notre langue. Je me serais putréfié dans cette surdité royale.

FIDES : Et ici, tes anciens camarades te tiennent par la langue.

DOMINIS : En m'embarquant sur le navire, j'ai aussi accepté cette menace.

FIDES : Comme si autre chose pouvait t'arriver !

DOMINIS : Cela aurait pu. Et le peut toujours.

FIDES (avec un ton légèrement ému) : Tu es le même. Le même ! Toujours.

DOMINIS : Et toi aussi, Fides, tu m'as demandé de revenir. Tu émergeais de ce brouillard épais tel un lys dans la réverbération du soleil couchant…

SCAGLIA (embarrassé, il sort les documents du sac et les dépose sur la table) : Je ne comprends pas ce que tous les deux vous racontez. Et je ne veux pas l'écouter.

DOMINIS : Mystérieuse métamorphose ! Tu fleuris de pétales blancs pour muer sur un sol empoisonné.

FIDES (s'emporte) : Comment as-tu pensé que j'allais survivre à ton départ ?!

DOMINIS : Non seulement tu as survécu mais tu as gagné une décoration. (Il prend dans sa main la médaille qui pend à son cou). Pro Ecclesia et Pontifice ! Le Sauveur a porté sur son dos sa lourde croix de cèdre ; toi, une en or sur ta poitrine.

FIDES : Tu étais le seul obsédé par cette croix. Nous autres, nous portions ce qu'ils nous avaient imposé.

DOMINIS (dans l'écho d'une ancienne jalousie) : Ils te l'ont imposé, après moi ?

FIDES : J'ai accueilli cela comme une grâce céleste, quoique… (Ses lèvres se tordent de dégoût).

DOMINIS : Quoique ?

FIDES (durement) : Saleté d'homme ! Tu prendrais du plaisir dans une cour royale pendant que je pourrirais dans une cave à sangloter pour toi ?

DOMINIS : J'étais inquiet pour ton sort.

FIDES : Tu vois, je m'en suis bien sortie.

DOMINIS : Bien ? Comme espionne de l'ordre, la concubine de quelque dépravé…

SCAGLIA (irrité depuis la table) : Basta ! Basta !

Fides s'approche doucement du cardinal et se tient dans un calme hautain près de lui, tandis qu'il s'emporte sur un amas de livres et de documents

FIDES : Monseigneur ! Tu es enrobé de vertu. Ce n'est pas un modèle fréquent dans la curie.

SCAGLIA : Hélas !

FIDES : L'amour du prochain est recommandé, la pauvreté ; mais comment vit ta suite ?

SCAGLIA : Hélas !

FIDES : Dans cet écart entre ce saint principe et le monde avide, où te situes-tu, Monseigneur ?

SCAGLIA : Sur la roche de Pierre.

FIDES : Sur l'autel, seul et misérable semblable à une statue de saint.

SCAGLIA (avec réprimande) : Sœur Fides !

FIDES : Il te faut à présent descendre de l'autel. Sinon, comment vas-tu enquêter sur la transgression humaine ?

SCAGLIA : J'ai souvent fréquenté des contrevenants.

FIDES : Oui, en tant qu'aumônier, samaritain, visiteur. Mais ici, dans la Citadelle Sant'Angelo, tu dois descendre tout seul au fond du péché.

SCAGLIA : Dieu m'accompagne !

FIDES : Ici, tu dois être Dieu…

SCAGLIA : Ma sœur !

FIDES : Sinon, inquisiteur, tu te tairas.

Mutius sort du palais avec le comte Gondomar et deux soldats. Le comte est vêtu d'une mise élégante de cavalier espagnol et se comporte avec nonchalance.  Le général désigne Dominis aux geôliers. 

MUTIUS : Emmenez l'accusé sur le champ ! (Les soldats s'empressent d'exécuter l'ordre ; le jésuite se tourne de nouveau vers l'Espagnol). Je comprends, comte, que la rencontre de votre connaissance londonienne ne vous serait pas agréable.

DOMINIS (poussé dans le caveau, avec haine à l'égard de Gondomar) : Canaille !

GONDOMAR : Oh !

MUTIUS (il présente à Scaglia le nouveau-venu pour étouffer l'insulte) : Son Excellence le comte Diego Gondomar, représentant espagnol à la cour du roi James Stuart. (Scaglia s'incline avec contenance). Le comte s'est arrêté ici lors de son passage pour Vienne afin d'aider à démasquer l'hérétique. Le meilleur des témoins, Éminence !

GONDOMAR : Nous sommes épuisés par la guerre contre les protestants. Les Maisons des Habsbourg à Vienne et à Madrid ont plus que besoin à présent des gendarmes du pape et des écus.

MUTIUS : Eh, dès que vous obtenez l'un, immédiatement vous prenez l'autre.

GONDOMAR : Comme si vous le premier n'aviez pas exigé l'incarcération de Dominis.

MUTIUS : Nous sommes alliés, la Maison des Habsbourg et l'ordre des jésuites, contre l'hérésie, pour la victoire de l'Église !

GONDOMAR : L'empereur d'Allemagne et le roi d'Espagne s'épuisent dans la guerre contre les hussites, les luthériens, les anglicans.

MUTIUS : Je fais tout ce que je peux, Excellence. Vous savez d'où vient la résistance. Barberini s'effraie plus de la victoire de la Maison des Habsbourg et de l'ordre des jésuites que des hérétiques. Mais, nous en parlerons plus tard.

 

Mutius entre de nouveau dans le palais, et Gondomar s'avance vers Scaglia tandis que Fides se retire sur le côté, mais de sorte à pouvoir écouter leur conversation ; il n'y a personne d'autre dans la cour. Le comte regarde avec curiosité alentour.

 

GONDOMAR : Ma première visite à Sant'Angelo. La bâtisse la plus complète. Tout un monde en petit, en petit d'après les dimensions spatiales. Sinon, ce sont des immensités, des abîmes, la voûte céleste. J'ai vu sur les plus hauts étages la plus fastueuse renaissance. Particulièrement, la pompeuse salle de Paul avec ses fresques polychromes. L'authentique école de Raphaël. Et puis la loge de Bramante avec sa vue d'aigle sur le Tibre et les collines romaines. Et sous cette corniche défensive sont les fameuses cellules de prison ?

SCAGLIA (troublé) : Oui, Excellence.

GONDOMAR : Au-dessus de l'entrée de la prison, Clément VII a élevé sa salle de bain pompéienne décorée de scènes frivoles. Avez-vous observé, Éminence ?

SCAGLIA : Non !

GONDOMAR : Elle s'intègre parfaitement dans l'architecture de Sant'Angelo. Cette cour se nomme le Cortile di teatro ?

SCAGLIA : Je crois.

GONDOMAR : Organiser ici des représentations théâtrales, c'est l'idée…

SCAGLIA : De Léon le dixième et Pie le quatrième.

GONDOMAR : Merci, Éminence. Les prisonniers pouvaient écouter les comédiens ? Vraisemblablement à travers ces trous dans la muraille ?

SCAGLIA (il interrompt les considérations latérales) : Excellence ! Vous avez connu l'archevêque de Split à Londres.

GONDOMAR : Si j'ai…

SCAGLIA : Vous vous connaissez bien, à en juger… (Il s'interrompt). 

GONDOMAR : À son cri ? Vous avez entendu. Il m'a qualifié de canaille ! Il s'estime trompé, dupé. Voilà ce qui nous arrive, honorables ambassadeurs, lorsque un prêcheur se mêle des affaires diplomatiques.

SCAGLIA : Comment était-il à la cour d'Angleterre ?

GONDOMAR : Redoutable.

SCAGLIA : Redoutable ? Et à Rome ?

GONDOMAR : Cela pouvait le devenir, énormément, après l'alternance sur le Saint-Siège.

SCAGLIA : C'est pour cela que vous et les jésuites avez tant insisté pour qu'il soit incarcéré ?

GONDOMAR : Dominis était la personne appropriée pour les négociations entre partisans d'un accord dans les camps catholique et protestant.

SCAGLIA : Le nouveau pape, Urbain VIII, se présente comme le gardien rigoureux de l'unité romaine…

GONDOMAR : Il le faut… D'ailleurs, Dieu seul sait qui il voudrait atteindre avec ce procès. Nous nous fions totalement à vous, Éminence. Le général de l'ordre des jésuites vous recommande spécialement en tant que Romain inflexible. Vous n'allez pas permettre que la Sainte Inquisition serve certaines ambitions politiques. En fin de compte, il s'est trouvé tant de raisons contre votre hérétique que vous pouvez allumer une centaine de bûchers.

SCAGLIA : Vous aimeriez le voir sur le bûcher, señor ?

GONDOMAR (sombrement) : Je ne peux pas me permettre d'exprimer mon sentiment personnel.

SCAGLIA : Dites-moi, comte, quel homme était-ce ?

GONDOMAR : En quoi cela vous importe-t-il ?

SCAGLIA : Pardieu, je mène l'enquête.

GONDOMAR : Cher cardinal, l'homme est un être très complexe. Que votre enquête sculpte la figure qui corresponde le mieux aux circonstances actuelles. (Irrité, son œil saisit Fides qui écoute). Si nous poursuivions notre bavardage dans quelque lieu plus intime ? Bien, Éminence, j'enverrai une voiture vous prendre. Au revoir ! (Il part prestement).

SCAGLIA (à Fides qui s'approche) : Tu écoutes ?

FIDES (légèrement) : À votre service.

SCAGLIA : Ma sœur, ton service est de m'espionner ou de déposer ici contre l'archevêque de Split ?

FIDES : De t'aider à être inquisiteur.

SCAGLIA : Et c'est pour cela que tu écoutes mes conversations ? 

FIDES : Pour cela. Pour que tu t'habitues à te refréner.

SCAGLIA : Ma sœur ! (Il arrange les documents sur la table quand les soldats ramènent Dominis du caveau). De radiis visus et lucis in vitris perspectivis et iride.

DOMINIS : Ma conférence de Padoue sur les rayons de la lumière.

SCAGLIA : Ton optique ! Et puis le télescope de Galilée ! Elle vous a corrompu à tous deux la vue divine. 

DOMINIS : Nous avons découvert le fond de l'univers.

SCAGLIA : L'enfer ! La recherche a profondément éteint en toi le saint mystère. Tu as regardé l'Église depuis une science pure, comme un phénomène terrestre, un système de pouvoir, un État. C'est le début de l'hérésie… Galilée a cédé devant cette optique diabolique. Le Saint-Office lui a pardonné.

DOMINIS : Après l'avoir soumis.

SCAGLIA : Entêté, tu crois que tu vas sortir d'ici la tête haute ?

FIDES (elle s'approche d'eux) : Galilée a touché au système cosmique, toi au siège papal. C'est beaucoup plus dangereux. Pour que tu te fasses passer comme son successeur à Padoue, il faudra te fléchir encore plus.

SCAGLIA : Quelle provocation... s'en prendre au général jésuite et au commissaire de l'Office devant le pape : tu t'en tiens à tes thèses principales ! Allumerais-tu toi-même ton propre bûcher ? (Une pause). Repens-toi avant que la procédure s'engage !

FIDES : Plus tard, la repentance ne vaudra plus rien.

DOMINIS (après une anxieuse hésitation) : Qu'il en soit ainsi ! Je m'agenouillerai moi aussi devant Sa Sainteté.

FIDES (avec incrédulité) : Tu t'agenouilleras dans la basilique dominicaine et tu feras une déclaration devant l'assemblée de la Sainte Inquisition…

DOMINIS : Qu'ils soient miséricordieux, selon l'instruction du Christ !

FIDES : Tu ne les émouvras pas avec cela.

SCAGLIA : Avant la demande de pardon, tu dois renier ta doctrine dans son intégralité.

DOMINIS : Je ne le ferai pas en intégralité.

SCAGLIA : Mais comment ? Tu veux te jeter dans les flammes ? (Une pause pénible).

DOMINIS : Je me suis décidé dans ce tombeau de pierre où Giordano Bruno aussi s'est allongé pendant sept années. Dehors, j'ai hésité, sur les marches glissantes de la grâce du palais. Ils me pousseront dans l'abîme, frémis-je, même si je ne fais rien. L'homme demeure ainsi un ambitieux servile, un funambule sur un fil, un ongulé qui rue contre ses rivaux. Ce n'est que quand nous nous retrouvons au fond que la pyramide à degrés s'écroule, et nous regardons droit devant nous. J'ai supplié l'inflexible Paul le cinquième, mon pire ennemi, qu'il ne me condamne pas moi et mon œuvre directement mais qu'il nous soumette à un tribunal honnête. Mon vœu est exaucé, je le crois, même dans ces circonstances difficiles. Tu es un adversaire respectable dans la dispute.

SCAGLIA : Si au moins tu étais resté à la chaire de Padoue !

FIDES : Le prestige d'un savant n'est pas grand. Et il n'est pas non plus avantageux.

SCAGLIA : Non, il ne l'est pas.

FIDES : La hiérarchie ecclésiastique fournissait de meilleures occasions.

SCAGLIA : Certainement.

DOMINIS : Ce n'était pas pour moi la seule raison ni la plus importante. Le silence monastique m'opprimait. Écouter jour après jour le bruissement des sandales dans le couloir, la cloche dans le clocher et sa propre voix châtrée dans le séminaire… La pensée frappait en moi avec une telle force.  Elle a brisé la porte de mon monastère. Je devais m'éprouver au dehors, dans le monde.

SCAGLIA : Tu as surestimé la puissance de la pensée. Ton aventure diocésaine devait terminer en naufrage. 

DOMINIS : Non ! Split n'a pas été mon naufrage. C'est là que j'ai haussé ma voile.

SCAGLIA : Métropolitain orgueilleux !

DOMINIS : Je suis descendu du ciel béni de Rome parmi son troupeau. Est-ce là de l'orgueil ?

FIDES : Nous sommes restés à la députation, les chanoines, le clergé rural, barbus, dans des haillons sales, des nobles déguenillés, un certain nombre de bourgeois, des moines, des religieuses. Tu es apparu devant nous, tu te souviens, comme un roi, couvert d'un manteau brodé d'or, avec la mitre étincelante sur la tête. Dalmatiae et Croatiae primas !

SCAGLIA : Dalmatiae et Croatiae primas ? Ce titre était le reliquat de quelque chose de passé.

DOMINIS : Sous ce titre décrépit, cardinal romain, je me suis levé. Dans cette députation, j'ai senti que je devais me préoccuper du reste des restes dévastés et menacés. Le bâton dans mes mains et le manteau sur les épaules ont cessé d'être de simples marques. Tu es primat croate, je chuchotais dans le vacarme des saluts, le dernier gardien légal de la grandeur d'autrefois !

SCAGLIA : Le chuchotement de Lucifer ! Il aurait fallu que tu acceptes la réalité et que tu te calmes dans ton petit diocèse.

FIDES : Et toi, dans cette ruine, tu souffrais d'une grandiose nostalgie.

DOMINIS : C'était le défi de mon titre orgueilleux. J'ai été installé à l'ombre d'un ancien trône, à une heure de chevauchée de Klis la Turque, sous la protection fallacieuse de la république de Venise. Cette scission entre le nom et le pouvoir, la pensée et la misère !

FIDES : Tu es venu à nous en députation communale, hautain comme un roi. Sans charge ni fissure !

DOMINIS : Comme si à présent je tenais compte de tout cela. (Il s'assombrit). Mon perfide chapitre, des moines à l'allure de brigands, des nobles en haillons, des maîtres sales, des prêtres déguenillés, des religieuses… un microcosme sur un îlot où j'entendrais la rumeur du lointain. Me repoussant dans sa lointaine province, à la frontière turque, comment Rome réagirait-elle si je me dressais au faîte des conflits européens ?! Cette ville de Split, dépouille des ruines impériales, mousse sur les pierres fendues, troupeau de bétail attaché à son pâtre, merveille aux pieds de colosses blancs, comme cela m'a obsédé ?! Et comment cela l'obsède encore…

Dans la pénombre qui s'installe, le Cortile di teatro se transforme en siège métropolitain de Split de telle sorte que, visuellement, il évoque rétrospectivement le Castello Sant'Angelo. Là se sont regroupés des chanoines bedonnants, le bas clergé dans des tuniques dignes de mendiants, et puis des patriciens avec le dr Mathias, des maîtres avec Capogrosso, des moines, le père Ignace, un petit groupe de religieuses auprès de Fides. Et Dominis est 22 ans plus jeune, plein de vigueur, vêtu d'un habit solennel. La députation est passée cérémoniellement, et une querelle s'engage.

DOMINIS : Quels pères spirituels êtes-vous donc ?! Illettrés, négligés, querelleurs ! Et c'est vous qui instruisez le peuple ?!

DIVJAN : Archevêque, nous nous sommes battus contre les Turcs.

DOMINIS : À tout ce que je vous dis, vous me répondez que vous vous êtes battus contre les Turcs.

DIVJAN : Mon Dieu, ici, la foi s'affirme par l'épée et le pistolet.

UNE VOIX PARMI LA TROUPE DE CURÉS : Ici, ce n'est pas Padoue ou Rome.

DOMINIS : Mais la tanière des loups ?

LES CURÉS (dans une rumeur) : Parle-nous ainsi. La tanière des loups ! L'un des nôtres !

L'ARCHIDIACRE : Ton érudition, Excellence, n'est pas pour notre société.

LE CHANOINE PETAR : En ce lieu venteux, il faut amener les voiles.

DOMINIS : Et laisser flotter votre bedaine sur la mer de la bêtise ?

DIVJAN : Les bénéfices sont partagés inégalement entre le clergé.

UNE VOIX PARMI LA TROUPE DE CURÉS : Le chapitre s'est emparé des privilèges les plus avantageux.

L'ARCHIDIACRE : Emparé ?! Toi, rustre, c'est notre droit depuis toujours.

DES VOIX DE LA FOULE DES BOURGEOIS : Ces bénéfices et privilèges sont nos cals et notre sueur... Ils nous ont pelés de corvées et de contributions... Donne à l'église, donne aux patriciens, donne au doge de Venise ; qu'il ne nous reste plus qu'un bâton de mendiant !

CAPOGROSSO : Sur notre commune, deux pouvoirs se sont abattus : spirituel et séculier. Aucun de nous autres bourgeois ne sait plus à qui il doit donner et dans quelle mesure.

LES NOBLES (en colère) : Tout nous revient, voleurs !... Cette terre est à nous... Vous autres, rustres, vous vous vendez aux Vénitiens... Traîtres !

DOMINIS : Paix ! Si vous continuez à vous mordre comme des loups, il ne restera rien d'autre sur cette terre que vos os et le sifflement de la bora. Mon premier souci sera qu'une vraie métropole s'élève sur ces ruines. Aménageons le port, développons les métiers, remettons en état la route en  Bosnie !

LES BOURGEOIS (dans une rumeur) : C'est juste, archevêque !... Nous autres, les artisans, nous soutenons la ville... Étends, Excellence, notre négoce en Bosnie. 

DR MATHIAS (exaspéré par les bourgeois) : Vous commerceriez, lourdauds, avec les Vénitiens et les Turcs ?! Et qu'à Klis, au-dessus de notre commune, flotte l'étendard avec le croissant de Mahomet ?! Que le lion vénitien avale ce littoral croate, n'est-ce pas ? Gaspilleurs sans nom ! Vous nous avez trahis lorsque nous nous sommes emparés de la forteresse du Sandjak… 

LES NOBLES : Traîtres !... Vassaux vénitiens !... Lâches !

DR MATHIAS : Primat croate ! De Dominis ! Ton droit ici est le plus ancien. Ton autorité provient du pape et du roi Tomislav. Renforce la confiance pour une nouvelle expédition contre la Klis turque !

LES NOBLES : Pour nos anciennes possessions de l'autre côté des montagnes !... En croisade !

DR MATHIAS : Et abandonne les métiers et le trafic !

IGNACE : Peuple ! La soumission et la pauvreté chrétiennes sont des vertus. Excellence, tu as été envoyé ici pour encourager spirituellement cet avant-poste catholique. Le rempart de la chrétienté !

DOMINIS : Que je vous mène sous le damas turc, patriciens, tandis que les souverains chrétiens se disputent pour la couronne et la tiare ? Que je confisque cette province, Père Ignace, tandis que la curie ruisselle de richesses ?

DIVJAN : L'Église romaine est une prostituée.

IGNACE : Tu blasphèmes ! Bogomile ! Renégat !

DIVJAN : C'est sur moi que tu cries ?! Moi, qui ai porté la croix sur les remparts de Klis ? J'ai brisé des crânes ottomans avec la croix quand le pape et ses chevaliers égrenaient leurs chapelets et pinçaient les concubines.

IGNACE : Le saint ordre des jésuites a soutenu le peuple dépouillé…

DIVJAN : Balivernes ! Nous autres, le bas clergé, nous enfonçons les gardes turques, nous soutenons la foi des esclaves. (À Dominis) : Repose-toi sur nous, le bas clergé, et ne crains ni les Turcs ni les jésuites !

DOMINIS (provocateur) : Comment puis-je me reposer sur vous alors que vous ne savez rien ?

DIVJAN (offensé) : Nous ne savons rien ?

DOMINIS : Rien, à part que vous vous battez. De votre prêtrise, personne ne gagne un grain pour une fouace. Eh, si vous vous attachiez à la charrue !

LES VOIX PARMI LA TROUPE DE CURÉS : À la charrue ?! Nous sommes consacrés... Oui, consacrés ! Pour les affaires spirituelles…

DOMINIS : Celui qui se consacre aux services spirituels devra dorénavant se rendre à l'étude.

IGNACE : Ton prédécesseur, d'après les directives de Rome, a accordé l'instruction sacerdotale à notre ordre jésuitique.

DOMINIS : Et vous, vous avez laissé cette instruction aux Turcs ?

FRÈRE IVAN (il se fraie résolument un passage au devant) : Personne ne nous apprend rien ici.

FRÈRE MATEO (un charmant garçon derrière son camarade) : Personne ne s'en occupe.

FRÈRE IVAN : Ils ne font que nous forcer à porter de l'eau claire dans leurs champs.

IGNACE : Perte de temps ! Que pourriez-vous apprendre ? 

FRÈRE MATEO : Nous apprendrions la philosophie.

L'ARCHIDIACRE : Oh ! Il ne nous manquerait plus que cela. Des philosophes !

LE CHANOINE PETAR : Plus les nôtres se croient intelligents, plus ils sont insolents. Il faut  instruire ces galopins à coups de bâton, et pas avec la logique.

L'ARCHIDIACRE : Excellence, il n'y a pas de bâtiment convenable ni d'enseignants. 

DOMINIS : J'ouvrirai le palais épiscopal pour servir d'école. Et j'enseignerai la philosophie moi-même à vos galopins, la physique, la théologie.

FRÈRE IVAN (il s'agenouille devant l'évêque) : Merci, Excellence !

FRÈRE MATEO : Nous vous remercions ! (Il s'agenouille lui aussi). Ta paternité !

DR MATHIAS (pathétiquement) : Très docte ! Tu viens ici d'un monde riche et fantasque, où s'érigent des académies de sciences, mais aussi des bûchers. Ton érudition peut-elle garantir que le doute ne va pas s'insinuer parmi nous aussi, l'avant-garde catholique ?

DOMINIS (embarrassé) : Le doute est le commencement de la connaissance, docteur.

DR MATHIAS : Quelle connaissance ? Le Sauveur nous a déjà apporté la sainte vérité.  Nous autres, à la lisière de la conquête ottomane, une foi solide nous a défendus. Consolide encore cela, métropolitain ! (Rumeur, acquiescements). Que nous apporterait une académie des sciences ? Un petit tas de penseurs orgueilleux et aliénés et, dieu nous en garde, des hérétiques. (Rumeur, acquiescements). Nous n'avons pas besoin ici des innovations occidentales. Nous croyons en notre vœu antique ! Pour la libération de nos contrées ! Contre l'envahisseur turc !

LES NOBLES (se prévalant de leur rang) : Pour nos anciennes possessions !... Contre l'envahisseur turc !... Et contre les alliés du sultan !... À quoi nous servira une académie ?... Préparons-nous pour une expédition…

DOMINIS : Nobles ! N'avez-vous rien appris de la défaite à Klis ? Nous ne pouvons pas briser seuls la puissance turque. Nous ne ferons que verser notre sang pour les intrigues entre les Espagnols, les Vénitiens, les Autrichiens, les Français. Il faut tout d'abord que les souverains chrétiens se réconcilient. Dans l'entente, ils délivreront vite les vieilles terres chrétiennes. Et à nous, le reste des restes, le plus urgent maintenant, c'est la restauration de l'unité spirituelle, une école !

LE CHANOINE PETAR (intimement et mordant) : Où trouveras-tu autant d'argent, magnanime Marco Antonio, pour une école ? Le diocèse est dévasté, et d'après le décret du pape, tu dois payer 500 écus par an au Vatican.

LES CURÉS (avec consternation) : Cinq cents écus ! Des revenus de notre commune.

DIVJAN : Archevêque, tu nous priveras d'écus au profit de la curie ? (Des murmures). Tu pilleras ton peuple ?

IGNACE : Tu es ici le lieutenant du pape, tu lui dois une obéissance absolue.

DOMINIS (avec une soudaine véhémence) : Je suis métropolitain. Et je ne reconnais aucun tribut sur mon honneur.

DIVJAN ET LES CURÉS : Tu es notre chef !... Béni soit ton bâton de berger !... Vive !... Pour de nombreux étés, primat croate !

DOMINIS (il se retire brusquement) : Soyez bénis ! Allez à votre travail ! Merci à vous ! Que Dieu soit avec nous, les faibles !

 

La multitude se disperse. Capogrosso se sépare du groupe des bourgeois et s'approche de Dominis tandis que nombre de chanoines et de nobles le suivent soupçonneusement.

 

CAPOGROSSO : Archevêque ! Compte sur notre aide, celle des bourgeois, pour la construction d'une école. Nous préférerons investir de l'argent dans l'intelligence plutôt que dans les gendarmes.

DOMINIS : Vous autres, les bourgeois, cela ne vous plaît pas de partir en croisade ?

CAPOGROSSO : Klis sous le drapeau du roi hungaro-croate ne nous est pas resté un bon souvenir. Les rois mercenaires pillent souvent pire que les Turcs quand ils ne touchent pas de salaire.

DR MATHIAS : Quand vous autres, rustres, avez trahi votre souverain !

CAPOGROSSO : Vos domaines sont derrière Klis. Nous, cependant, les commerçants et les artisans, possédons notre adresse et notre profit. Pour nous, la paix est notre pain quotidien.

DR MATHIAS : Pour toi, Capogrosso, le concordat vénéto-ottoman est préférable à la liberté, à la restauration des anciens souverains ?

CAPOGROSSO : Eh, vous les nobles… Celui qui porte les armes, celui-là vole ceux qui travaillent et gagnent de l'argent. Je voudrais avant tout que l'on pille dans certaines mesures raisonnables et dans des cadres légaux, et non dans des attaques de brigandage. (Il part avec colère).

DR MATHIAS (à l'adresse de Capogrosso) : Traître ! Laquais de Venise ! Vous nous vendriez de nouveau au Sandjak et à Venise… comme il y a six ans, lors du siège de Klis.

L'ARCHIDIACRE (il s'approche de Dominis avec le chanoine Petar) : Nous sommes pauvres, Excellence. Haineux l'un contre l'autre.

LE CHANOINE PETAR : C'est un menu divertissement pour toi, glorieux Marco Antonio. À toi, un siège là-bas te convient, dans les villes riches.

L'ARCHIDIACRE : Il fallait que tu sois recteur, nonce du pape ou au moins cardinal.

LE CHANOINE PETAR : Il fallait, eh, eh… Et qu'une petite aventure souffle ton chapeau de cardinal ? Nous avons entendu quelque chose. De telles voix portent plus loin que les prières.

L'ARCHIDIACRE (avec reproche) : Pas de tels scandales dans ton diocèse, Excellence, que Jésus nous vienne en aide ! La faim et la peste menacent cette ville. Et le sabot turc. Supplie la curie, notre pauvre évêque, qu'ils suppriment ou au moins allègent l'impôt.

DOMINIS : J'ai supplié à Rome.

L'ARCHIDIACRE : Et ?

DOMINIS : Ils ont changé dans le décret du pape les écus en ducats.

LE CHANOINE PETAR : Continue à négocier ! Décris notre situation à la curie.

L'ARCHIDIACRE : Les prêtres n'ont même pas d'habits convenables pour l'office religieux. Il n'y a pas de calice ni de bannière solennelle ni de cloche.

DR MATHIAS : Le grand conseil va soutenir ta demande, métropolitain. Le Saint-Père nous aime, les garde-frontières croates. Parfois, les décisions de Sa Sainteté nous sont incompréhensibles et difficiles. Mais, nous croyons en son infaillibilité. 

L'ARCHIDIACRE : Amen !

DR MATHIAS : Le Saint-Père et l'empereur apostolique conduisent le camp catholique.

L'ARCHIDIACRE : Ils protègent l'ancienne unité chrétienne.

DOMINIS : L'unité sous le pape et l'empereur ? Après que tant de terres chrétiennes se sont séparées du siège romain ? Quand les États catholiques défendent leur souveraineté ? Et quand la juridiction municipale se renforce ? Voyez, la contre-attaque des jésuites sous l'étendard du pape n'a fait que réveiller la scission entre le nord et le sud, l'ouest et l'est.

DR MATHIAS : Byzance a démarré le schisme. C'est pourquoi la Grèce a reçu le châtiment qu'elle méritait.

L'ARCHIDIACRE : Les orthodoxes fuient la tyrannie turque dans nos régions. Des communautés entières s'installent avec leurs popes et leurs coutumes. Cela génère du désordre. 

DR MATHIAS : Il faut qu'ils rejoignent la foi véritable et salutaire.

LE CHANOINE PETAR : Les Serbes tiennent à leurs popes et leur honneur.

DOMINIS : C'est bien !

DR MATHIAS : C'est bien ? C'est bien, dis-tu, métropolitain catholique ?!

DOMINIS : Le temps de l'épée grégorienne à double tranchant est révolu. Plutôt que d'accepter un unitarisme dogmatique, il faut que nous respections les différences traditionnelles et reconnaissions l'égalité…

DR MATHIAS : Ainsi, toi… sur cette frontière menacée ?!

DOMINIS : Dans la concorde chrétienne, nous refoulerons vite le terrible envahisseur.

DR MATHIAS : Dans une telle concorde, prends garde, primat croate, que tu ne sois le premier à perdre la vie !

L'ARCHIDIACRE : Que le Saint-Père t'éclaire !

LE CHANOINE PETAR : Paix à ton âme, archevêque ! Nous sommes de passage, et le pillage, la vilenie et la scission demeureront pour des siècles et des siècles !

 

Les deux chanoines partent avec le noble Mathias. Dominis reste seul avec la religieuse qui s'approche de lui timidement. Pensif, il s'assied dans son siège.